UNE FOUILLE PREVENTIVE A L'OUEST DE CASSINOMAGUS

C'est un diagnostic d'archéologie préventive mené avant la construction d'une maison individuelle qui a conduit l'Etat à prescrire une fouille sur une parcelle constructible située en sortie du bourg de Chassenon, route de Pressignac, à la limite du « Maine » et des « Coutis ». Le diagnostic a été réalisé par le Service départemental de l'archéologie. La fouille a été confiée à l'Institut national d'archéologie préventive (INRAP), sous la responsabilité de Julien Pelissier. Elle s'est déroulée du 15 juin au 14 août 2015. Les dernières analyses sont en cours et les données exposées en public devant les Amis de Chassenon le 2 avril dernier ne sont donc pas définitives.

 

Le terrain fouillé s'étend sur environ 2500 m² et se situe à 900 mètres à l'ouest de l'ancien temple de Montelu. De forme allongée, il est en légère déclivité entre la RD 160 (route de Pressignac) et, en partie basse, une voie parallèle à celle-ci, découverte lors de la fouille.

 

La voie antique suit une direction Sud-Ouest / Nord-Est. C'est une infrastructure de dimension importante, avec trottoirs et caniveaux, assez bien conservée. La chaussée mesure sept mètres de large. Sa fondation est partiellement pavée et son profil présente trois recharges successives de matériaux.

 

A peu de distance de la voie antique, et implantées orthogonalement par rapport à celle-ci, la fouille a rencontré un ensemble de tranchées de fondations remplies de pierres. Là où les vestiges sont le moins arasés, quelques parties maçonnées apparaissent, ainsi que des lambeaux de sols de circulation. Ces fondations trahissent la présence ancienne de bâtiments ouvert sur une galerie. On y a retrouvé des caniveaux, des soles de foyer et deux puits. Cette partie bâtie devait se prolonger sur les deux parcelles voisines.

Photo Julien Pélissier

Les puits n'ont pas été fouillées mais trois structures en creux ont attiré l'attention des archéologues. La première renfermait le squelette d'un mouton (ou d'une chèvre) avec une monnaie, sans que l'on puisse dire s'il s'agissait d'un dépôt volontaire. Pour la seconde, le squelette d'un adolescent a été découvert au fond d'une tranchée de fondation, en position fléchie, recouvert de fragments de tuiles en vrac. La dernière est une sépulture de nouveau-né dans un coffrage en tegulae, près du puits. Elle renfermait un vase céramique à trois pieds, une verrerie et ce qui ressemblait à des grelots. Un peu plus loin, dans une fosse-dépotoir creusée à travers un ancien caniveau, est apparu notamment une petit figurine en terre blanche de l'Allier représentant un bélier.

Photo J.Claude Barthout

La présence d'un cimetière, envisagée à titre d'hypothèse avant l'ouverture de la fouille, n'est toutefois pas confirmée par celle-ci. Il s'agit bien d'un secteur d'habitat, avec plusieurs phases d'occupation, autour d'une activité artisanale très probable. La faible épaisseur de la couche archéologique permet difficilement d'en dire plus, mais une découverte au sein même de la structure de la voie antique conduit les archéologues à penser à un atelier de tabletterie, fabriquant notamment des charnières en os. Ils ont été intrigués par le grands nombre d'extrémités d'os sciés utilisées comme matériaux dans le corps de chaussée. Plus précisément les extrémités de métapodes de boeufs, dont on sait que la partie centrale, particulièrement dure, (la diaphyse) était utilisée pour fabriquer des petites charnières de meuble en os.

Photo Julien Pélissier

Le principal acquis de cette fouille est donc d'avoir localisé un secteur densément urbanisé à l'époque antique, ainsi que le tronçon d'une voie structurante. La fouille donne la mesure de l'agglomération de Cassinomagus, qui s'étendait donc assez loin à l'ouest de l'ensemble monumental. Elle incite également les responsables à poursuivre les recherches archéologiques dans ce secteur à l'occasion de divers projets de travaux.

Laurent Pelpel

 

 


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