Ils ont pu interroger de vive voix le Président de la Charente

Le 12 mars 2016 Monsieur François Bonneau le Président de la Charente a participé à l' AG des Amis de Chassenon. Nous tenons à l'en remercier.

Plus de 60 personnes étaient présentes et les débats furent vifs et de qualité, mais les réponses ne nous laissent guère d'illusions sur la volonté du Département de redonner du lustre aux Thermes de Chassenon!

Volonté de faire des économies, direction de la gestion des Thermes depuis Angoulême, restrictions budgétaires des recherches archéologiques, recherche de scores en nombre d'entrées, ouverture au public minimale pendant deux mois en 2016, retour de la couverture des Thermes à son état d'il y a 25 ans, tout est réuni pour qu'on oublie les Thermes de Chassenon et qu'on passe à autre chose!

Avec l'autorisation de leurs auteurs, nous avons voulu rappeler les principales interventions qui ont eu lieu.

 

Monsieur Jean-Pierre Lassalmonie habitant de Chassenon 

 

      1-Fallait-il arrêter "le cheval au milieu du gué"?    

         Si oui :

 

       2-Quel est le montant total des dépenses devenues inutiles?

Frais de démontages? Coût de l'emballage de protection? Montant des fouilles nécessaires avant l'implantation des piliers?

A combien revient l'ensemble des travaux réalisés pour l'évacuation des eaux de pluie de la nouvelle "ex"-couverture (en particulier le percement des murs romains par des spécialistes surveillés par les archéologues)?

 

 

        3-Quel est le coût du barriérage toujours actuel et loué sans doute  pour interdire l'accés au site?

 

        4-A combien s'élève le montant de la "route privée" au nord du site. (A quoi va-t-elle servir???)

 

        5-Quel est le montant des pertes suite à cet arrêt brutal?

- Disparition des subventions  européennes ...nationales ...régionales ...autres ...

- Coût des dédits aux architectes ...aux entreprises dont les marchés avaient été acceptés.

- Argent prévu pour les frais de procès éventuels à venir.

 

         6-Quelles sont les sommes à prévoir pour le remontage de la couverture en tuiles?

 

         7- Quel est le  GAIN  de notre département sur la non pose de la couverture prévue

               et le retour en arrière de  50 ans du site  de CASSINOMAGUS?

C'est sans acrimonie mais avec une infinie tristesse que j'ai posé ces questions

 

Monsieur Jean-Pierre Loustaud, Docteur en Histoire, Littérature et Langues anciennes

« Monsieur le Président,

 

« Je viens ici en tant que voisin, puisque je suis l'ancien "Chargé de mission à l'archéologie" de la ville de Limoges où j'ai exercé des fouilles pendant près de 50 ans.

« J'ai découvert Chassenon lorsque j'avais 17 ans sous la conduite de M. Jean-Henri Moreau et depuis cette date je n'ai pas manqué de venir au moins une fois par an voir l'avancement des dégagements. Dans les années 80, tous les mois je conduisais sur le site des stagiaires venus des quatre coins de France; et nous mangions sur place à "l'Auberge romaine".

« Le parc archéologique de Chassenon, par l'importance exceptionnelle de ses thermes et de ses installations ne peut trouver de comparaison qu'avec les grands sites archéologiques d'Allemagne, tels Xanten ou Trèves, ou de Suisse avec Martigny. Il faut bien s'en persuader, Chassenon en Charente a une dimension plus qu'européenne. Aujourd'hui aucune étude concernant les thermes de l'empire romain dans le bassin méditerranéen, que les chercheurs soient Anglais, Allemands, Italiens ou Turcs, ne peut se faire sans se référer aux thermes de Chassenon en Charente. Récemment le Colloque international de Toulouse sur l'architecture, ainsi que celui de Villeneuve-sur-Lot consacré à la monumentalisation des villes de l'Aquitaine et de l'Hispanie septentrionale durant le Haut-Empire, ont fait apparaître l'importance de Chassenon dans les notes bibliographiques. Mais Chassenon a aussi toute sa place dans la nouvelle Aquitaine, car il y a deux mille ans, elle était un centre important sur la voie d'Agrippa qui traversait la Province romaine de l'Aquitaine Première.

« J'entends quelquefois les élus parler des "vieilles pierres" lorsqu'ils évoquent les ruines archéologiques. C'est une expression complètement dépassée. Aujourd'hui on parle de l"économie touristique" des sites archéologiques, et les autres pays européens ne s'y sont pas trompés, qui aménagent leurs vestiges de façon remarquable, car ils ont compris que le tourisme culturel est une source économique; mais seuls les sites aménagés selon les critères internationaux figureront sur les circuits des "tour operators. Aujourd'hui les touristes ont visité le monde; ils connaissent les sites remarquablement mis en valeur en Europe, en Egypte, en Turquie, en Grèce même. Pour qu'ils viennent sur un site il faut qu'il soit exceptionnel, ce qu'est Chassenon, mais il faut aussi qu'il soit présenté selon les normes muséographiques du XXIe siècle. Je prendrai deux exemples français. A Périgueux existait en cœur de ville une ruine romaine laissée à l'abandon depuis 40 ans: la "villa des Bouquets". La municipalité a confié à Jean Nouvel le soin de réhabiliter cette villa romaine qu'il a magnifiquement présentée au centre d'un nouveau musée. De dépotoir, elle est passée aujourd'hui au rang de site pilote sur les guides touristiques. Autre exemple: Bordeaux. Depuis la réhabilitation et la mise en valeur des quartiers anciens et des quais, la ville est classée au patrimoine mondial, et désormais des paquebots internationaux déversent leurs milliers de touristes-consommateurs sur la ville. Les Allemands, les Anglais, les Hollandais continueront-ils à venir à Chassenon pour voir un site déclassé,  avec ses vieilles toitures du siècle dernier? On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre. Or c'est aujourd'hui que se joue l'avenir touristique de nos régions dans un monde qui se bat pour capter la manne économique du tourisme et la faveur des grands opérateurs nationaux ou internationaux. Mais il faut savoir que lorsque la dynamique d'un site historique ou archéologique est cassée, il devient ensuite très difficile de le réhabiliter, car d'autres ont pris sa place.

 

« Monsieur le Président, il est important pour l'Aquitaine que Chassenon en Charente puisse continuer à avoir un avenir ».

 

Jean Santurette Professeur de lettres, ex President des Amis de Chassenon

Pendant de longues années il a fédéré les enfants du territoire dans la merveilleuse aventure des Cassinomagies, il fut ensuite le président des Amis de Chassenon à la suite de l'abbé Lecompte, Jean Santurette était présent lors de cette Assemblée Générale. Voici ce que Jean aurait souhaité pouvoir dire à François Bonneau.

 

Quelle tristesse ! Quelle bassesse ! Quelle honte !

 

Le site gallo-romain de Chassenon, un des fleurons archéologiques de la région, des thermes parmi les mieux conservés sur le territoire de la Gaule romaine, un atout majeur pour le développement du tourisme dans notre département, un site remarquable, apprécié tous les ans par des milliers de visiteurs, et étudié par de nombreux groupes scolaires, bref ce joyau culturel, touristique et éducatif, sans équivalent à des centaines de kilomètres à la ronde, est en train d'être oublié, abandonné, anéanti par les responsables politiques élus l'an dernier à la tête du département de la Charente !

 

En tant qu'ancien président des Amis de Chassenon, je suis révolté, outré, écœuré qu'on puisse, en si peu de temps, annihiler les efforts de tous ceux qui ont œuvré à la découverte et à la mise en valeur de ce site exceptionnel.

Que penserait M. Jean-Henri Moreau s'il voyait dans quel état d'abandon est le site qu'il a découvert et choyé, qu'il a fait recouvrir d'une toiture que l'on vient de démonter pour, semble-t-il, la refaire à l'identique !

Quelle serait la réaction de l'abbé Lecompte s'il voyait se réaliser ce qu'il craignait le plus en cas de transfert de la gestion du site à d'autres que ses chers Amis de Chassenon ?

Que dirait Gilbert Jammet, notre ancien trésorier, lui qui gérait les comptes de l'association au centime près, s'il voyait les sommes dépensées depuis que le département a pris les rennes et celles qui sont à prévoir si la nouvelle majorité départementale met à exécution son projet d'anéantissement du projet précédent ? Quelle gabegie !

Combien doivent se retourner dans leur tombe devant tant d'inconséquence ? La passion qui les animait et qu'ils savaient partager est reniée avec le plus profond mépris.

 

Et je ne parle pas des actuels Amis de Chassenon et des amoureux du site qui voient, impuissants, les thermes délaissés après quelques décennies d'une seconde gloire. Ils ont voulu croire à un beau projet, ils ont fait confiance et ont accepté sans protester les deux strapontins qu'on leur a généreusement attribués. Ils constatent impuissants les dégâts et les conséquences pour le trésor qu'ils préservaient de tout leur cœur...

 

Vont-ils devoir subir la démission, le renoncement, l'oubli de ceux qui devraient réagir ?

Peut-on imaginer que les responsables de la culture et de l'archéologie de notre région laissent ce site unique retomber dans l'oubli?

Doit-on accepter que les élus locaux qui, naguère, toutes tendances politiques confondues, nourrissaient tant d'espoir quand ils évoquaient l'avenir de Chassenon, ne se mobilisent pas pour contrer les mauvaises décisions qui viennent de frapper la Charente Limousine.

 

Il est trop facile de reprendre les arguments des ignorants qui ne voient dans cet ensemble architectural qu'un tas de pierres sans intérêt. Nous n'en sommes plus à l'époque où l'on pensait que ce qui se cachait sous terre n'était que les "caves de Longeas" ! Les découvertes des archéologues ont mis en évidence la dimension exceptionnelle de l'antique Cassinomagus, son incontestable utilité pour mieux comprendre l'histoire gallo-romaine et les techniques de construction de l'époque. Il s'agit là de science et de connaissance, de mémoire collective, de mise en valeur de notre patrimoine... Les dissensions politiques pèsent bien peu en comparaison. Chacun le comprend, évidemment, et il serait temps de se ressaisir !

 

Cependant, tant d'erreurs ont été commises qu'il va devenir difficile d'éviter le pire. Nous avons subi ceux qui ont cru bon de se débarrasser de la gratuité des services et de l'engagement désintéressé d'une l'association ayant protégé et mis en valeur le site pendant plus de cinquante ans. Ils croyaient faire venir 50.000 visiteurs à Chassenon par on ne sait quel tour de magie, et, avec les yeux plus gros que le ventre et une ambition politique démesurée, ils se sont crus "indéboulonnables", irremplaçables, élus à vie... On s'est emparé du site de Chassenon, on a "emprunté" ou repris les idées ou productions des Amis de Chassenon, on a confié à ceux-ci des strapontins dans leurs assemblées et la gestion des buvettes lors des manifestations, on a négligé le réseau local qui avait été patiemment tissé pour que le site devienne la "propriété" collective des gens de notre région, des plus jeunes aux plus anciens...

 

Les Amis de Chassenon ont heureusement été écoutés quand il a été question de choisir parmi les trois projets que les architectes avaient proposés. Il s'en est fallu de peu que nos élus départementaux de l'époque ne choisissent le projet qui nous aurait conduits à voir l'entretien des espaces verts assuré par des moutons ! On n'ose imaginer dans quel état serait le site aujourd'hui si cette option avait été retenue...

 

Si je reconnais à M. Boutant l'envie louable de faire de Chassenon le phare de l'archéologie départementale, je ne comprends pas, ou plutôt je préfère ne pas comprendre pourquoi il n'a pas entendu la suggestion qui lui a été faite il y a huit ans de créer un groupement d'intérêt public (G.I.P.) pour gérer Cassinomagus. Plusieurs partenaires auraient pu collaborer au sein de celui-ci, sous la houlette du département, chacun à son niveau de compétence. Les offices de tourisme, la communauté de communes, la commune de Chassenon et celles des environs, des associations culturelles locales, et évidemment les Amis de Chassenon qui auraient pu continuer à faire ce qu'ils savaient faire et qu'ils effectuaient gratuitement depuis cinquante ans. Cette solution aurait permis au département de réaliser des économies substantielles.

 

Au lieu de cela, on a dépensé sans compter en exposant le site au risque de subir un changement de majorité au conseil général. Car il était évident et annoncé que, en cas d'alternance politique, le projet serait arrêté. La majorité actuelle n'avait pas digéré l'interruption brutale du projet auquel M. Boutant avait mis terme au début de son mandat : nous voyons aujourd'hui la "fusée Tintin" retomber sur Cassinomagus !... Chassenon est loin des préoccupations angoumoisines et ce n'est pas nouveau. La Charente Limousine a toujours été et risque de rester la dernière servie par le département dans de nombreux domaines...

 

Alors, que peut-on espérer pour sauver notre site gallo-romain ? Je suis très pessimiste et je crains que les pistes envisagées ne soient pas les bonnes.

Financièrement, c'est bien mal parti. Les économies promises ne seront pas réalité. Et si on réduit quelques dépenses, ce sera au détriment du site et de sa mise en valeur, en réduisant le personnel et la durée annuelle d'ouverture au public. A moins qu'on arrête de subventionner les fouilles... Ou qu'on enterre le site... Le temple a bien été remis sous terre !

Esthétiquement et techniquement, nous allons faire un retour en arrière phénoménal et retrouver une couverture des thermes aussi peu attirante et aussi dangereuse pour les murs gallo-romains que celle qui a été en partie démontée !

Quant à la gestion du site, j'imagine mal qui pourrait vouloir se lancer dans une telle aventure. Il est en tout cas des solutions qu'il vaudrait mieux éviter, si on ne veut pas tomber plus bas encore, qui consisteraient à confier le site à des gestionnaires ne le connaissant pas ou peu intéressés par son histoire ou n'ayant pas assez de temps à lui consacrer... Retrouver un groupe ayant la même passion que les Amis de Chassenon n'est pas chose aisée. Quant à repartir avec l'association actuelle, malgré toute l'estime que je lui porte, je crains que ce soit un peu tard... Nous avions rajeuni le bureau d'une petite génération il y a dix ans. Cet avantage s'est quasiment effacé depuis.

 

S'il reste un espoir, c'est peut-être parmi les jeunes des environs auxquels nous avons ouvert le site pendant des années et qui y ont passé de merveilleux moments qu'on peut trouver la vitalité nécessaire pour relancer la machine. Il suffit de les motiver, mais avant tout de les connaître et de leur faire confiance. Le département doit donc s'associer à toutes les forces locales, éducatives, culturelles, associatives, politiques, et les soutenir dans un éventuel projet. Et il me semblerait urgent d'arrêter le contre-projet en envisageant une couverture des thermes belle et moderne, comme cela était prévu par l'ancien président du conseil général qui, à ce sujet, et bien qu'il m'en coûte de le dire, avait évidemment raison...

 

Le livre est ouvert à tous, nous nous ferons un plaisir de mettre en ligne ce que vous avez dit ou que vous auriez eu envie de dire. Envoyez-nous votre texte par mail, merci.


Les réactions

Avatar Pierre Aupert

je m'associe de tout coeur aux propos de mes collègues pour déplorer l'aveuglement ruineux auquel conduit ce changement politique. Des hommes avisés devraient respecter les vues de leurs prédécesseurs, des élus, comme eux, et protéger les vestiges d'un passé, qui appartient à tout un chacun, quelle que soit son appartenance idéologique. Les séïdes de l'Etat islamique en avaient bien conscience, qui ont détruit les antiquités syriennes pour étouffer la notion même d'appartenance nationale. Or, qu'aura-t-on bientôt à montrer aux écoliers pour leur apprendre d'où ils viennent, sinon la ruine de ruines et un site mort, puisque effacé du domaine de la recherche historique ?

Le 31-03-2016 à 16:01:37

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