5 juin 2013 Journée découverte en Vienne

Cette journée intense en découvertes historiques mérite qu'on en relate les grandes lignes pour donner envie à tous les curieux d'histoire de prendre à leur tour leur baton de pélerin et de parcourir le chemin des 13 participants à cette journée.

 

CIVAUX

Un film « Le Val de Civaux, Terre de Mémoire », projeté à l’auditorium du musée permet l’approche des sites et de l’histoire de la vallée de la Vienne.

A l’époque romaine Civaux est une petite agglomération rurale avec un sanctuaire et un théâtre, l’artisanat local produit des céramiques dites « à l’éponge » dont quelques exemplaires sont exposés dans le musée.

Mais c’est à l’époque mérovingienne que Civaux devient un centre religieux important en attestent une église associée à un baptistère et surtout la célèbre nécropole.

Le culte de Saint Gervais et Saint Protais semble s’être développé après la découverte de leurs reliques à Milan en 386.

L’église a été classée monument historique en 1913.

Le chevet polygonal aurait été construit vers l’an 400 de notre ère, en petit appareil cubique à joints épais, issu directement de la tradition romaine.

Dans la nef notre guide met l’accent sur deux chapiteaux du XIIème siècle à l’iconographie exceptionnelle : mariage, couple se donnant la main et … tentation.

Sur un autre chapiteau deux oiseaux s’abreuvent à une coupe, symbole de l’eucharistie « vous puiserez l’eau avec joie aux sources du salut (Isaïe 12-3)

Cette église a été construite sur trois vestiges d’un sanctuaire romain. De ce lieu de culte ne sont visibles qu’un fanum (temple de tradition gauloise, à l’époque romaine) et le mur nord ainsi qu’une partie des murs est et ouest. Le mur sud a été découvert en 1987 de l’autre côté de l’église.

Lors des fouilles archéologiques de 1960 une piscine baptismale mérovingienne a été mise au jour, ce qui est très rare en dehors du siège épiscopal. Sa découverte souligne l’importance de Civaux à cette époque.

La nécropole mérovingienne a été occupée depuis la fin de l’antiquité jusqu’à nos jours. Elle est entièrement ceinturée de couvercles de sarcophages dressés. Les ruines de la chapelle Sainte Catherine construite au XVème siècle dominent plus d’une centaine de sarcophages de forme trapézoïdale, dont la plupart des couvercles sont ornés de trois traverses décor caractéristique du Poitou à cette époque.

La quantité des sarcophages, d’après les dessins du XVIIème siècle était estimée entre 7000 et 15000, ils ont été prélevés au fil du temps comme matériaux de construction ou pour servir d’auges ou d’abreuvoirs.

La légende pour expliquer une telle quantité de tombes nous raconte qu’une pluie de sarcophages s’était abattue su Civaux pour enterrer les guerriers francs morts au combat contre les Wisigoths à l’issue de la bataille de Vouillé en 507 (les Francs avec à leur tête Clovis sortirent vainqueurs).

La réalité nous dit qu’il s’agirait en fait d’une nécropole en relation avec le centre religieux de la place : église et baptistère. Ce sont des sépultures « ad sanctus » auprès des saints ; les gens venaient s’y faire enterrer pour espérer ainsi accéder plus facilement au paradis.

 

LE GUÉ DE SCIAUX

La période gallo-romaine est représentée par le vicus du Gué de Sciaux qui s’étend sur les deux rives de la Gartempe au point de franchissement de la voie romaine Poitiers-Bourges.

Sur 25 hectares ce lieu comprend des zones d’habitat et d’artisanat, des sanctuaires, des thermes et un théâtre.

C’est au musée d’Antigny tout proche qu’on peut admirer l’architecture remarquable d’un fronton de temple classique dédié à un héros romain.

                                                                                                                                              (Photo internet)

On y distingue l’aigle symbolisant Jupiter et la déesse Minerve.

Autres trésors du musée d’Antigny une magnifique tête du dieu Mercure ainsi que la reconstitution d’une tombe à incinération maçonnée et la présentation de coffres funéraires.

 

SAINT-SAVIN

« Dans aucun pays, je n’ai vu de monument qui méritât au plus haut degré l’intérêt d’une administration amie des arts. Si on considère que les fresques de Saint-Savin sont à peu près uniques en France, qu’elles sont le monument le plus ancien de l’art de la peinture dans notre pays, on ne peut balancer à faire des sacrifices, même considérables pour les sauver. »

Prosper Mérimée 1845

 

Classée au Patrimoine  Mondial de l’Unesco depuis 1983 l’abbaye de Saint-Savin abrite le plus grand ensemble de peintures murales romanes d’Europe.

Sa fondation remonte à l’époque carolingienne. Les reliques de Saint-Savin et Saint Cyprien martyrisés près de la Gartempe au Vème siècle auraient été retrouvées vers l’an 800 par Baidilus, abbé de Marmoutier qui aurait alors fondé une église pour abriter les précieuses reliques.

Épargnée par les incursions normandes l’abbaye rayonne du IXème au XIIIème siècles, puis succèdent des périodes de trouble avec les guerres de religion. Une époque de renouveau débute sous Louis XIII.

En 1792 l’église abbatiale devient paroissiale, ce qui permet aux bâtiments d’être relativement préservés en cette période révolutionnaire. Prosper Mérimée pare aux restaurations les plus urgentes dès 1836. Plus récemment, dès les années soixante des restaurations concernant la voûte de la nef, sa solidité et ses peintures ont été effectuées.

 

Le porche

Dans ce lieu de bienvenue, le programme iconographique incite à entrer plus avant dans l’église vers l’autel et vers la lumière. Le Christ inscrit dans une gloire circulaire bénit ceux qui entrent, les anges et les apôtres se prosternent autour de lui. Notre guide s’attardera à nous détailler la fresque du fléau des sauterelles tirée du livre de l’Apocalypse de Saint Jean. De l’abîme jaillissent des sauterelles dont l’anatomie tourmentée atteste la fidèle retranscription de la bible. Apocalypse, IX,7-10

 

Les peintures de la nef, scènes de la Genèse et de l’Exode

                 « Ce que le récit raconte,

                     la peinture le montre »

                                                          Saint Nicéphore

 

Zone de texte:

 

 

S’ouvre devant nous l’immense nef dont la voûte conte la foi de personnages de l’Ancien Testament selon quatre registres de quarante deux mètres chacun.

« Les épisodes de l’Ancien Testament auraient pu s’enchaîner de gauche à droite, de bas en haut et du nord au sud, comme dans un livre. Il en est bien autrement pour des raisons symboliques. L’est, direction chère aux chrétiens, évoque le soleil levant, la direction de Jérusalem, de la lumière, et du Christ. C’est donc souvent vers lui que progressent les personnages positifs. 

A l’extrémité est de la nef se trouve l’autel, lieu de communion par le pain et le vin. Il est légitime qu’à côté de lui on place les épisodes liés au pain et au vin : le froment de Joseph, le vin de Noé.

En revanche, les personnages insoumis tournent le  dos à l’autel dont il s ‘avèrent indignes et s’engagent vers l’ouest, direction négative de l’obscurité, de la terreur, des païens, sinon de l’enfer. L’illustrent Cham se moquant de son père Noé, ou la destruction de Sodome et Gomorrhe à l’extrême ouest. » Emmanuelle Jeannin

 

 

 

«Énoch marche avec Dieu et il disparut car Dieu l’enleva» Genèse,V,24

Notre guide met d’emblée l’accent sur le personnage d’Énoch qui a figure d’exemple pour les moines bénédictins priant dans cette abbaye et méditant depuis leurs stalles sur les fresques qui leur sont données à contempler. Tout dans le corps d’Énoch évoque l’élévation préfigurant  l’ascension du Christ.

 

La création et la chute

-       création des astres

-       création des premiers hommes

-       la chute

 

Caïn et Abel

-       les offrandes des frères à Dieu

-       le meurtre d’Abel

-       la malédiction de Caïn

 

Énoch

Patriarche qui figure après le meurtre d’Abel car au royaume des Cieux il aurait entendu la voix du mort qui réclamait justice.

 

Noé, l’arche et l’ivresse

 

Zone de texte:

-       Dieu instruit Noé de ses intentions

-       l’Arche est une des scènes les plus fameuses de Saint-Savin. L’arche à l’allure de drakkar vogue sur une eau blanche d’où émergent des noyés. Une proue à tête de chien, symbole de fidélité, regarde un corbeau. L’Arche présente trois niveaux où cohabitent les quadrupèdes en bas, les volatiles au milieu et la famille de Noé (les hommes) en haut. Les deux hommes encadrant l’arche seraient en train de soulever le toit pour libérer les rescapés sur le mont Ararat.

 

 

 

-       à la sortie de l’Arche

-       la vigne, le vin l’ivresse. La scène de vendange prend place à l’extrémité est de la nef, donc

        proche de l’autel où on célèbre l’eucharistie avec du vin.

-       la malédiction de Canaan

 

La tour de Babel

A la vue de cette réalisation titanesque et orgueilleuse Dieu punit en multipliant les langues. « Eh bien, descendons là, embrouillons leur langage, de sorte qu’ils ne comprennent plus le langage les uns des autres. Et de là, Yahvé les dispersa sur la surface de toute la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.»  Genèse, XI,1-9

Le déroulement de cette scène est orienté vers l’Ouest, soulignant l’éloignement de Dieu ainsi que la montée de l’orgueil et du péché.

 

Abraham

Si le cycle d’Abraham se distingue par sa longueur, il compte au rang des moins bien conservés.

-       la conversation de dieu et d’Abraham

-       la séparation de Lot et d’Abraham

-       Lot captif

-       l’ensevelissement d’Abraham

Joseph

Joseph est l’arrière petit-fils d’Abraham, son histoire anticipe par maints aspects celle du Messie : vendu par ses frères comme le Christ par Judas, il triomphe avec le froment comme le Christ avec le pain.

-       Joseph vendu par ses frères

-       chez Putiphar

-       en prison

-       les rêves de Pharaon interprétés

-       la remise de l’anneau

-       le triomphe

 

L’exode : histoire de Moïse et du peuple hébreu

-       le buisson ardent ( ?) scène illisible

-       Moïse et Aaron ( ?) doute sur l’identification

-       la traversée de la mer Rouge Exode XIV,15-29 la progression en longueur de plus de six mètres traduit avec un grand réalisme la débâcle de l’armée égyptienne qui se précipite vers les flots meurtriers. Il s’agit de la plus longue scène de la voûte.

-      Les enfants d’Israël accueillis par Dieu : ils sont encadrés à l’avant par la colonne de nuée qui les guide de jour et à l’arrière par la colonne de feu qui les guide la nuit

-      Remise du décalogue à Moïse. Agenouillé devant Dieu, il reçoit les Tables de la Loi sur lesquelles on peut lire deux des dix commandements écrits en latin :  «Adore Dieu et tu ne tueras point »

Ce cycle clôt les peintures de la nef avec la tente de la réunion ou encore l’épisode de la manne qui étaient près de l’autel.

 

Subjugués par la qualité de notre visite de la nef nous nous y attardons et ne disposons que de peu de temps pour apprécier les bâtiments conventuels, nous empruntons alors l’escalier monumental pour nous rendre aux cellules des moines qui accueillent un parcours scénographique, ludique et interactif du site et des peintures en les replaçant dans le contexte historique religieux et artistique.

 

Marie-Hélène Barthout

(Photos J.Michel Teillon et J.Claude Barthout)


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